Hans Nissen est né en 1976 et a étudié à l’institut de design de Lahti. Son style et son univers très particuliers rappellent ceux de l’excellent américain Al Columbia: de gentils petits personnages se débattent dans des univers cauchemardesques.Ses bandes dessinées ont été publiées dans
UBU 1 et 2, SARJAKUVASTIN 3 et 4, TOURETTE0
Comment êtes-vous devenu dessinateur?
Comme la plupart des dessinateurs finlandais, j’étais un enfant timide qui avait des amis imaginaires et qui trouvait refuge dans les livres, la télévision et les bandes dessinées. Après avoir lu des bandes dessinées pendant des années, cela m’a semblé naturel de commencer à écrire et à dessiner. J’écrivais des poèmes sur des vaisseaux spatiaux et sur des pirates en essayant de les illustrer moi-même. J’ai ensuite découvert que cette passion pourrait se transformer en métier et qu’il me serait possible d’en vivre assez bien.
Ce choix a-t-il été difficile à faire?
Comme je l’ai écrit, ce n’était pas vraiment un choix, juste quelque chose qui est arrivé naturellement. C’est seulement un peu plus tard que j’ai commencé à rêver d’un travail fixe dans lequel je n’aurai pas ce mal de crâne chronique que peut procurer la “créativité forcée”.
Avez-vous une formation de graphiste ou de dessinateur?
J’ai étudié le design à l’Institut de design de Lahti. C’est en fait la seule possibilité pour les graphistes et illustrateurs en Finlande. Il est possible d’y prendre des cours de bande dessinée, mais rien de très sérieux.
Que pensent les Finlandais de la bande dessinée?
Les Finlandais ont tendance à voir la bande dessinée comme Donald Duck et ce, même si de très talentueux dessinateurs et auteurs finlandais sont publiés. Les gens ne veulent pas les lire ou même y faire attention. Mais je pense que c’est comme ça avec l’art en général,
le commun des mortels veut simplement être diverti. Il y a bien sûr “Viivi & Wagner” qui touche un public plus large mais qui est très innovant et anarchique.
En France, on utilise maintenant le terme “littérature graphique” pour parler de la bande dessinée. Qu’en pensez-vous? Vous considérez-vous comme un auteur?
Depuis peu oui, je me considère comme un auteur. Depuis que j’écris mes propres scénarios. J’ai également commencé à me considérer comme un artiste. Quand je travaille seulement comme illustrateur, j’ai le sentiment d’être un artisan qui fait son travail.
Quels artistes ou dessinateurs vous ont influencé?
Tous les artistes finlandais ont été d’une manière ou d’une autre influencés par Joakim Pirinen de Suède. Al Columbia et Kent Williams ont également été une source d’inspiration. Toutes ces influences ont été concentrées sur le côté graphique et narratif; les histoires et la façon de les raconter ou même le style puisent leurs racines dans la littérature.
Lisez-vous toujours des bandes dessinées?
Oui, je lis toutes sortes de bandes dessinées. Les dernières sont “The Dark Knight Returns” de Frank Miller, “Muumi-troll” de Tove Jansson et les travaux de Mattotti.
Avez-vous été traduit?
Il y a eu une histoire publiée dans COMIX 2000, mais je ne souviens pas avoir sorti autre chose en France. Amok devait publier une nouvelle graphique qui s’appelait “Belmondo”, mais je n’ai jamais été vraiment satisfait, donc le projet est tombé à l’eau.
Quels sont vos projets pour le moment?
Je viens de faire des bandes dessinées imprimées sur canevas suivant le procédé d’impression utilisé pour la soie et je suis très enthousiaste. J’ai également fait quelques “expériences” en réalisant des bandes dessinées uniquement pour des expositions. Des bd qui sont en 3 dimensions et qui demandent un peu d’installation et de mise en place. J’essaie aussi de mettre sur pieds une collection de bandes dessinées un peu hors normes, des histoires écrites par des personnes qui sont internées dans des hôpitaux psychiatriques.
Pensez-vous qu’internet jouera un rôle important dans l’avenir de la bande dessinée?
Je pense qu’une bande dessinée est un objet. Quand cela est bien fait, cet objet peut avoir de la valeur et une certaine beauté. Quelque chose que l’on peut regarder; lire et tenir dans sa main. Je ne dis pas que les bandes dessinées sur le net sont une mauvaise idée, mais je pense que certains sites qui publient des bds pour le moment pourraient le faire d’une façon très différente.
Utilisez-vous toujours un crayon ou l’avez-vous remplacé par un ordinateur?
J’utilise seulement l’ordinateur pour le coloriage parce que n’ai jamais appris à colorier à la main. Autrement, l’ordinateur est une sorte de malédiction la plupart du temps. Les gens pensent qu’avec un ordinateur le travail est plus simple et se fait plus rapidement, mais le résultat final reste “shit covered in computer magic”. Je suis un type de la vieille école et je pense que le procédé artistique, quel que soit l’art, est un outil pour l’esprit comme le sont les maths ou la philosophie. Mais c’est aussi valable dans l’autre sens, la chose la plus importante dans l’art est la réflexion. A long terme, les gens valorisent la combinaison “idées efforts” et d’une certaine façon, la facilité que l’ordinateur nous apporte semble nous déposséder de ces deux choses.
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