Quand et comment avez-vous décidé de faire des films?
La première fois que j’ai eu l’idée du film MENOLIPPU MOMBASAAN (Aller simple pour Mombassa) c’était il y a 8 ans et demie. Ca fait longtemps déjà… J’ai, bien entendu, travaillé entre temps sur différents projets, comme la production de plusieurs courts-métrages, la réalisation de certains projets télévisés, sans mentionner le projet énorme qu’était le film POIKA JA ILVES. C’était mon premier long-métrage en tant que producteur et j’ai travaillé sur ce projet pendant trois ans.

Dans mes courts-métrages précédents, j’ai exploité les thèmes de la fin de la jeunesse et la vie des jeunes se trouvant entre la jeunesse et  l’adolescence. J’ai eu le sentiment que je devrais compléter tout ça un peu comme une trilogie et raconter une histoire sur les changements quand on passe de 17 à 18 ans, de la jeunesse à l’âge adulte.

Au cours de cette période pendant laquelle je réfléchissais à l’histoire qui pourrait décrire cette étape de la vie, difficile mais gratifiante, j’ai eu un accident de voiture. Je me suis endormi au volant et je me suis retrouvé au beau milieu de la neige (elle m’a semblé à ce moment très blanche et pure). Je ne savais pas où j’étais ni ce qui s’était passé. Physiquement tout allait bien, mais quelques jours plus tard le vrai choc est arrivé : j’ai réalisé que j’étais presque mort et que j’avais complètement oublié la signification de la vie, de chaque jour, de chaque moment. Et ainsi, au cours des semaines suivantes, j’ai réévalué mes valeurs et…. tout le reste.
Et on peut dire qu’à ce moment-là, j’avais trouvé la base de l’histoire de MOMBASA, où un jeune garçon, bien gentil, de classe moyenne, un jeune assez cool finalement, Pete, apprend qu’il a le cancer et aucun médecin ne peut lui dire combien de temps il lui reste à vivre.

Vous avez fait des courts-métrages, vous avez travaillé à la télévision et vous venez juste de finir votre premier long-métrage. Diriez-vous que toutes ces expériences ou tous ces milieux sont très différents?
Oui et non. Dans toutes les situations, la chose la plus importante pour moi est de raconter une histoire. Même si dans un long-métrage, le format de 90 minutes est unique. Chaque seconde du film doit vraiment avoir une raison d’être, et chaque centimètre de l’écran doit être rempli de sens, sans oublier le fait que le film doive être aussi divertissant.

Si on compare un long-métrage à la télévision (les courts-métrages sont principalement destinés à la télévision) j’ai aussi le sentiment d’avoir la responsabilité d’emmener les spectateurs en voyage. Pour qu’ils aient envie de sortir de chez eux pour venir voir le film, qu’ils aient envie de payer pour le voir, et pour qu’ils soient heureux après l’avoir vu. A la télévision, les choses sont différentes car les programmes sont diffusés quoiqu’il arrive, mais au cinéma le film doit “trouver ses destinataires”.

En plus, au cinéma j’ai l’impression de pouvoir vraiment communiquer avec les spectateurs, attirer leur attention (si j’arrive à avoir assez de talent) les toucher, leur donner et partager quelque chose avec eux.

Quels sont les aspects positifs et les aspects négatifs quand on est réalisateur en Finlande?
 Le côté positif c’est que le monde du cinéma est petit et les choses ne sont pas aussi compliquées qu’elles doivent l’être dans les pays plus grands. Mais bon, c’est bien sûr à double tranchant car tout le monde connaît tout le monde et parfois il n’y a pas assez de place pour des ambitions ou des projets qui peuvent se croiser.

Et la chose négative est la taille réduite du marché et donc le nombre de spectateurs. Seulement 5 millions de personnes parlent finnois et la langue est un élément décisif quand il est question de distribution internationale, spécialement si tu veux travailler sur des histoires grand public comme je le fais. Le public est limité et le budget l’est également.

Que raconte MENOLIPPU MOMBASAAN?
L’histoire parle de Pete, un garçon ordinaire de 17 ans qui va au lycée et qui va brusquement perdre conscience. Le diagnostic est terrible: le docteur ne peut pas dire à Pete s’il vivra assez longtemps pour fêter son 18ème anniversaire.

Pete partage sa chambre d’hôpital avec Jusa qui est le roi de l’humour noir. Dans la nuit du 18ème anniversaire de Jusa, alors qu’ils ont bu de la vodka, ils prennent la décision de faire le mur. Jusa a une fixation,  il veut à tout prix voir les plages de Mombassa avant de mourir. Pete, lui, veut déclarer sa flamme à Kata qui était dans la même école que lui et dont il est amoureux.

Ils décident de partir et voyagent à travers la Finlande pour retrouver Kata qui a un job d’été en Laponie en ayant en poche deux billets d’avion pour Mombassa. Grâce à Jussi et à son côté un peu sauvage, Pete découvre un style de vie nouveau et des plaisirs qu’il n’avait pas connus auparavant.

Une fois arrivés en Laponie, Pete déclare sa flamme à Kata sans lui parler de sa maladie. Le départ pour Mombasa est proche et Pete devra prendre la décision la plus importante de sa vie.

Comment avez-vous choisi les acteurs?
Il n’y a pas vraiment d’acteurs professionnels de cet âge (+/- 18 ans), donc tu dois juste trouver le bon acteur qui correspond au rôle. J’ai fait un casting avec 500 jeunes, en cherchant d’abord les points de ressemblance entre les jeunes et les personnages du film. Ensuite, je voulais savoir s’il ou elle était capable d’être naturel(le) face à la camera, sans jouer mais juste en étant lui-même ou elle-même. La photogénie est également importante mais la chose primordiale est de savoir si je ressens un certain charisme chez cette personne.

Vous avez aussi co-écrit le script du film, pensez-vous que cela apporte quelque chose de plus au film? Vous sentez-vous plus proche de l’histoire?
Quand le réalisateur participe à l’écriture du script, il est impliqué dans le film à fond. Avec ce projet, j’ai pu aussi remarquer le danger de devenir paresseux : être aveuglé par l’image qu’on s’est faite à l’avance du film en pensant qu’il serait comme ça. Non, le réalisateur doit transformer les idées contenues dans un script en une histoire visuelle, et “remplir” chaque image de ce film.

Pendant la préparation du film, y a t il eu un moment que vous avez préféré?
J’adore le “screen writing” et je pense que c’est l’étape la plus difficile mais en même temps la plus gratifiante. Et c’est sans aucun doute l’étape la plus importante.
Cependant, le sentiment d’être au cÅ“ur de l’histoire pendant le tournage est tellement intense que c’est aussi quelque chose de vraiment spécial.

Quelle image avez-vous du cinéma français?
Avant de commencer mes études de cinéma, je passais mon temps dans les salles de cinéma et à la cinémathèque. Pendant ces années folles de cinéma, j’ai vu des centaines… non des milliers de films. Le cinéma français a toujours été le deuxième que je préfère, il a été et est toujours là pour montrer l’autre côté de l’industrie cinématographique, dans le sens positif. J’ai besoin des films de Hollywood mais j’ai aussi besoin de voir des histoires qui parlent des relations entre les personnes. Je pense qu’à la base, toutes les histoires parlent de ça. Ce que ça signifie que d’être humain. Et sans le cinéma français, il y a aurait un énorme manque de style et de profondeur pour traiter ce sujet de base.

Avez-vous un réalisateur français préféré?
Comme je l’ai dit avant, ayant vu tellement de films dans ma vie, j’essaie en général de ne pas répondre aux questions du type “votre réalisateur ou film préféré”.
Mais cette fois-ci, je pourrais faire une exception et en citer deux. En premier, François Truffaut occupe une place spéciale dans mon cÅ“ur. Il a fait des films magnifiques, tellement différents au cours de sa carrière, qui a été extraordinaire, mais en essayant de se concentrer simplement sur l’homme. Et il avait un esprit tellement ouvert, pas seulement en tant que réalisateur mais aussi en tant qu’homme.
Ensuite je pourrais simplement dire que j’adore Jacques Tati. Son sens comique qui combine des gags et des thèmes plus importants est unique, on pourrait le comparer à Chaplin.
J’ai aussi le sentiment que ces deux génies, sont à la fois très français et très universels.

Avez-vous un film français préféré?
Je vais passer cette question, mais parmi les 10 films français que je préfère figurent, bien sûr, plusieurs films de Truffaut et de Tati.

Comment se porte l’industrie cinématographique finlandaise en ce moment?
Ca s’améliore tout le temps. Je me souviens encore du milieu des années 90 quand le public détestait les films finlandais. Les réalisateurs ainsi que les producteurs ont radicalement changé, ils font désormais des films POUR le public. Ca peut sembler stupide, mais ce n’était comme ça il y a encore quelques années.
Ce qui nous manque encore et ce pour quoi nous devrions nous battre c’est l’augmentation des aides publiques pour pouvoir être au niveau de nos voisins nordiques. Et pour le moment, nous en sommes malheureusement très loin.

Quels sont les trois films finlandais qu’il faut absolument voir?
C’est difficile, si je ne veux pas citer de film français, comment est-ce que je pourrais citer trois films finlandais… d’accord ! “Eight Deadly Shots” de Mikko Niskanen, et ensuite…

Quels sont vos projets?
À côté de la réalisation et de l’écriture de scripts, je dois dire que j’adore produire.
Et puis, je viens juste de commencer en tant que professeur à l’École Supérieur d’Études Cinématographiques qui dépend de l’Université des Art et du Design d’Helsinki.

J’ai eu beaucoup de chance jusqu’à maintenant ou alors j’ai été assez entêté pour faire ce que je veux vraiment faire. Je vais déjà voir comment marchera le film MENOLIPPU MOMBASAAN et quelles seront les réactions du public et ensuite je déciderai ce que je ferai.