Quand et comment a été créé le groupe?
Isabelle Pignol :
En 1988. Norbert et moi jouions déjà ensemble depuis longtemps puisque nous pratiquions avec nos parents, lorsque nous avons rencontré Christophe. Par la suite j’ai connu Jean-pierre qui a intégré le groupe avec Olivier le bassiste de l’époque alors qu’ils faisaient ensemble du Reggae dans un autre groupe. Et voilà la formule de 1990 qui s’est développée.

D’où vient le nom du groupe?
Isabelle Pignol :
Tout simplement du dictionnaire. Sans aucune arrière pensée.

Quels musiciens vous ont influencés?
Isabelle Pignol :
Tout au début surtout Sédéloc un groupe du Morvan (région française) qui n’existe plus maintenant et Magma et Blozabella. Un peu plus tard,
Sylvain kassap et Okay Témiz, Luis Sclavis et diverses influences du jazz des musiques du monde et du rock.

Quels sont les aspects positifs et négatifs quand on est musicien en France?
Isabelle Pignol :
Ma réponse ne sera pas très objective car les musiciens français n’ont pas le moral en ce moment. L’atmosphère est plutôt morose. C’est très difficile de répondre à cette question sans faire de politique. Depuis le nouveau gouvernement il est devenu difficile de voir les bons côtés du métier de musiciens. Pour résumer, car c’est très compliqué: Jusque là nous avions la chance en France de pouvoir vivre en faisant de la musique car nous avions une couverture sociale spécifique aux métiers artistiques. Cela est devenu extrêmement difficile maintenant car, vous n’êtes pas sans savoir que  les conditions pour exercer ont changées et que les budgets pour la culture sont en diminution constante pour aller vers des produits de marketing beaucoup plus “rentables”. Seules les vedettes du Showbiz vont rester.

Christophe Sachecchtini : Le gouvernement français applique plus ou moins directement les propositions du patronat pour la destruction des services publics (santé, enseignement, justice, recherche…) ou “non rentables” (culture…) ainsi programmée est la même que celle qui menace tous les travailleurs et précaires d’une majorité de pays européens…

Quelles images avez-vous de la Finlande et des Finlandais?
Isabelle Pignol :
Chez nous la Finlande est rarement dissociée de la Norvège et de la Suède qui sont pour nous “les pays scandinaves”. Les médias n’en parlent jamais. On sait qu’il fait froid et que les jours sont cours. C’est à peu prés tout ce qui rayonne jusqu’à chez nous. Mais je parle en mon nom propre et je ne suis pas une référence.

Yves Perrin : En ce qui me concerne le “bloc scandinave” évoque la couleur des « réverbs » d’ECM, le son de la basse planante d’Eberard Weber et, plus récemment, l’arrivée de jazzmen intéressants, sans complexes par rapport aux anglo-saxons et développant un langage singulier qui me parle beaucoup par son espace et son côté minimaliste. Je pense notamment à Tord Gustavsen.

Connaissez-vous la musique finlandaise ou des artistes finlandais?
Isabelle Pignol :
Assez mal. Gjallarhorn est un peu connu en France, mais ils font de musique suédoise. Il y a un groupe que j’adore qui s’appelle Hedningarna dans lequel jouent aussi des musiciens finlandais je crois. C’est surtout la musique suédoise qui vient à la mode en ce moment en France. C¹est  beaucoup grâce à J.Pierre Yvert.

Comment pourriez-vous définir votre style musical?
Isabelle Pignol :
Nous le nommons depuis longtemps déjà:” MUSIQUE TRADITIONNELLE DEDEMAIN”

Avez-vous le sentiment que votre style musical a beaucoup changé au cours des années?
Isabelle Pignol :
Notre style n’a pas changé, je pense qu’il s’est affirmé au contraire, mais notre musique, elle, a évolué. Nous nous sommes orientés, pour le dernier album, plus vers de la musique de concert au détriment de la musique à danser. C’était un choix pour cet album là. Au cours du temps nous avons perfectionné la composition, simplifié les arrangements qui semblaient rendre notre musique  un peu  trop difficile d’accès pour certains. Nous avons rajouté quelques parties vocales, les improvisations sont utilisées de façon mieux justifiée dans la musique. Et puis nous avons tous vieillis ce qui nous donne évidemment plus de maturité. Nous nous sommes chacun nourris de beaucoup d’expériences avec des musiciens extérieurs au groupe.

Avez-vous déjà envisagé de changer totalement de style musical?
Isabelle Pignol :
Cela a été assez dur d’imposer notre style depuis quinze ans alors je crois qu’on ne va pas changer maintenant mais perfectionner au contraire.

Quels sont les sujets que vous abordez dans vos chansons?
Isabelle Pignol :
Nous ne faisons pas vraiment des chansons à texte. La voix et les mots sont utilisés comme des instruments, pour leur sonorité. Nous ne voulons pas  pour l¹instant privilégier spécialement la lisibilité du texte, car c’est souvent au détriment de la musique.
              
Quel est, dans votre répertoire, le titre que vous préférez?
Isabelle Pignol :
Personnellement c’est “C’est ainsi” de l’album “Face cachée”

Faites-vous régulièrement des tournées?
Isabelle Pignol :
J’espère que ça va durer encore un peu!

Préférez-vous la scène ou le studio?
Isabelle Pignol :
Pour ma part c’est la scène que je préfère, car j’ai besoin du contact avec le public. Mais il est indispensable de varier les plaisirs. Le travail en studio est très intéressant, il permet beaucoup plus de ce remettre en question. On cherche, on essaye, on fignole un point de détail alors que le travail de la scène est beaucoup spontané.

Pendant la préparation d’un titre ou d’un album, quelle est l’étape que vous préférez?
Isabelle Pignol :
Même si c’est le moment le plus difficile au niveau de l’entente entre musiciens c’est l’étape d’arrangement en groupe que je préfère.

Quelles musiques écoutez-vous en ce moment?
Isabelle Pignol :
En ce moment je m’intéresse plutôt à la variété. Pour travailler l’écriture des textes plus particulièrement et à la chanson en général puisque mon travail se concentre plus sur le chant actuellement. En Général j’écoute un peu toutes les musiques avec une petite préférence pour les nouvelles créations en jazz.

Que pensez-vous d’Internet en tant que musiciens et compositeurs?
Isabelle Pignol :
C’est un très bon outil. Je pense qu’il faut savoir bien l’utiliser.

Pensez-vous qu’Internet représente une réelle menace pour les artistes (au sujet des droits d’auteurs)?
Christophe Sachecchtini :
la campagne contre le piratage des disques est orchestrée avant tout par les majors qui s’inquiètent de la baisse des ventes de CD (15% de moins cette année, ai-je entendu dire) et est à mettre en relation avec les efforts répétés de ces mêmes majors pour faire passer la TVA de 20,6 à 5,5 %. Bref, il ne faut pas s’attendre à ce que ce soit les artistes qui profitent en premier de ces dispositions, malgré la démagogie des arguments employés… De plus, je suis résolument pour le piratage des disques (un piratage raisonnable, s’entend) dans la mesure où ça fait connaître notre musique à des gens qui se donneront peut-être les moyens d’acheter d’autres disques ou de programmer ces mêmes artistes… Comme d’habitude, nous avons en face de nous des marchands  qui veulent se donner l’apparence de défendre les droits des artistes et ça m’indispose profondément… Bref, je suis pour qu’Internet reste l’espace de liberté qu’il a toujours été sans que les rapaces s’y mettent… De plus: les royalties que touche l’artiste par disque vendu sont une chose, les droits d’auteur en sont une autre… et je ne sais pas que les SACEM / SPEDIDAM etc. soient d’accord avec les revendications des majors là-dessus… Mais ça n’est que mon avis.

Quels sont vos projets?
Isabelle Pignol :
Une bonne partie de l’année 2004 sera mise en by-pass pour cause de maternité, et de projet musicaux pour chacun de nous et ensuite on pensera au prochain album.

Seriez-vous prêts à venir dans le “Grand Nord” pour faire quelques concerts?
Isabelle Pignol :
Avec plaisir. Quand vous voulez.