Quand et comment a été créé le groupe?
Le groupe a été fondé en 1995, sur les cendres de Necromancia, groupe de Dark/Death Metal qui existait alors depuis 1991 et comprenait déjà dans ses rangs Stefan (guitare) et Nilcas (batterie). Le premier enregistrement sous le nom Anorexia Nervosa fut la démo Nihil Negativum… Le groupe signa ensuite un contrat avec le label Season of Mist, et sortit son premier album, Exile, en 1997. Exile était un concept album, une exploration de la folie, un cloisonnement total vis-à-vis du monde extérieur, et il conduisit le groupe au bord du split, tant ce fût une expérience douloureuse. Le chanteur de l’époque et le guitariste rythmique quittèrent Anorexia Nervosa, et Stefan, le leader et compositeur principal, décidât de réorienter le groupe vers ses racines Metal. C’est à cette époque, en 1998, que je suis entré dans Anorexia Nervosa, ainsi que Xort notre claviériste. Nous souhaitions alors aller de l’avant, construire quelque chose d’unique et de grandiose, quelque chose de très puissant, qui correspondait parfaitement à notre état d’esprit conquérant et exalté, nous voulions retrouver à travers notre musique le frisson Wagnérien! Nous avons alors enregistré quatre titres qui nous ont servi à démarcher les labels, et après notre signature sur Osmose, ces quatre titres sont sortis sous la forme du EP Sodomizing the Archedangel. La suite logique de tout ceci fût l’album Drudenhaus, sorti en avril 2000 sur Osmose, suivi de New Obscurantis Order fin 2001. Aujourd’hui nous préparons notre nouvel album dont la sortie est prévue pour la rentrée 2004.

D’où vient le nom du groupe?
De la maladie mentale du même nom, qui, dans un sens, incarne à merveille notre manière de percevoir les choses: refus d’une existence “perdue dans les ténèbres d’une tyrannie d’autant plus générale qu’elle est acceptable par la moyenne”, négation de la matière, quête d’absolu.

Quels musiciens vous ont influencés?
Pour faire court, je citerais en vrac Rachmaninov, Haendel, Mussörgski, Berlioz, Orff, Emperor, Neubauten, Entombed, Metallica, Carcass, And Also the Trees, Laibach, Forbidden Site, Rosa Crux, Candlemass, Samael, Bathory, Godflesh, Virgin Prunes, Wasp, Wagner, Mötley Crüe…

Quels sont les aspects positifs et négatifs quand on est musicien en France?
Je ne vois pas beaucoup d’aspects positifs, si ce n’est qu’en ce qui nous concerne, le passé artistique très riche de notre pays constitue une source d’inspiration intarissable. Mais après, il y a un évident manque de structures en France, du moins pour ce qui est de la scène “Rock” au sens large. Les groupes ne sont pas du tout “encadrés”, très peu de labels sérieux, de tourneurs capables d’organiser des tournées dignes de ce nom, de boîtes de management qui pourraient aider les groupes à mieux s’en sortir. Qui plus est, la scène française demeure très cloisonnée, il n’y a pas vraiment d’unité, et je n’ai, par exemple, pas du tout l’impression d’appartenir à une véritable “scène”, contrairement à ce qui peut se passer dans d’autres pays, notamment en Scandinavie. Tout cela fait que la scène française vivote, et n’est souvent, et à juste titre, pas très bien perçue à l’étranger. A notre niveau, nous essayons de faire en sorte que cela change.

Quelles images avez-vous de la Finlande et des Finlandais?
C’est un pays que malheureusement nous connaissons très mal, donc, fatalement, l’image que nous en avons est constellée de clichés: le froid, les lacs, très peu d’habitants qui font tous du Rock n’ Roll “gothique” (rires)…

Connaissez-vous la musique finlandaise ou des artistes finlandais?
Bien sûr, HIM, dont j’ai beaucoup apprécié le “Razorblade Romance”, Beherit, 69 Eyes, Impaled Nazarene, le “mouton noir” de la scène finlandaise dont je suis fan de la première heure, Nightwish, Children of Bodom, Entwine, The Rasmus, Sentenced, Amorphis, To Die For… Last but not least, et même si depuis ils sont devenus à moitié américains, l’un des meilleurs groupes du monde, Hanoi Rocks!!!”

Comment pourriez-vous définir votre style musical?
Question difficile, disons du Metal wagnérien, orchestral, violent et solennel.

Avez-vous le sentiment que votre style musical a beaucoup changé au cours des années?
Hormis l’évidente “rupture” entre notre premier album, Exile, et le reste de notre discographie, non, je pense que nous avons suivi une évolution logique. Le style s’est affirmé, nous le maîtrisons mieux d’album en album, nous sommes plus sûrs de nous, et notre musique, de ce fait, a certainement gagné en puissance. Et même si nous n’aimons pas nous répéter, même si chaque album possède sa propre ambiance et son lot d’innovations, nous restons fidèles à notre ligne directrice, qui est de toute manière, gravée au plus profond de nos tripes.

Comment percevez-vous ces changements et comment les expliquez-vous?
Comme je te le disais, il s’agit-là d’une évolution naturelle, nous tirons parti de nos erreurs passées, nous apprenons sans cesse de nouvelles choses, et nous grandissons. Chacun de nos albums est le parfait reflet de ce que nous sommes, de ce que nous vivons, ce que nous pensons au moment de son écriture.

Avez-vous déjà envisagé de changer totalement de style musical?
Non. En fait, nous ne nous posons pas ce genre de question. Après le premier album, le style a tout de même radicalement changé, mais nous ne sommes pas dit “tiens si on faisait un disque de Black-Metal”… Cela nous semblait naturel, nous ne trichons pas, nous composons à l’instinct, le style importe peu, ça sonnera toujours comme du Anorexia Nervosa, quoi qu’il arrive.

Quels sont les sujets ou les thèmes que vous abordez dans vos chansons?
Nos textes sont avant tout des instantanés de nos vies respectives, ils sont pour la plupart inspirés par des expériences personnelles, des choses que nous avons vécues, dans certains endroits, avec certaines personnes. Les thèmes principaux sont la maladie, la mort, l’innocence, la trahison, et je dirais que leur fil conducteur est une sorte de quête d’absolu et de rédemption à travers la haine purificatrice.

Quel est, dans votre répertoire, le titre que vous préférez?
Dur à dire… Pour l’instant, ce serait certainement un morceau comme Stabat Mater Dolorosa, qui constitue la pierre angulaire de New Obscurantis Order… Mais je pense, non, je suis convaincu que cela changera une fois le prochain album terminé.

Faites-vous régulièrement des tournées?
Régulièrement, oui et non. Disons que nous essayons de tourner au maximum à la sortie de chaque album. Après New Obscurantis Order, nous avons tourné pendant quasiment un an, même si bien sûr, nous avons fait des breaks entre-temps. Et pour le prochain, nous nous allons nous efforcer de tourner encore plus, et dans la mesure du possible, donner des shows dans des endroits où nous n’avons encore jamais joué.

Préférez-vous la scène ou le studio?
Les deux, ce sont deux choses très différentes et complémentaires. L’étape du studio est passionnante, épuisante bien souvent, mais c’est là que tout prend forme, et une fois qu’un album est terminé, c’est à chaque fois quelque chose de mémorable, cette impression d’avoir achevée une Å“uvre, après parfois plusieurs années de travail. C’est indescriptible…
La scène est un moment plus émotionnel, plus spontané, quelque chose de très fort aussi, mais pas de la même manière, le live fonctionne plus comme un rush, un jet violent et concentré d’adrénaline pure, en tout cas pour nous. La différence entre les deux est à peu près la même que pour un acteur qui fait à la fois du Cinéma et du Théâtre.

Pendant la préparation d’un titre ou d’un album, quelle est l’étape que vous préférez?
Lorsque je peux enfin tenir le master entre mes mains, sans aucun doute (rires).

Quelles musiques écoutez-vous en ce moment?
En ce qui me concerne, le dernier Notre Dame, Brides of Destruction – Here come the brides, Laibach – WAT, des vieux Slade et T-Rex, et c’est à peu près tout, à vrai dire, j’écoute peu de musique lorsque nous sommes dans la phase de préparation d’un album.

Que pensez-vous d’Internet en tant que musiciens et compositeurs?
Un bon outil de communication, très pratique, mais pour moi ça s’arrête là. Niveau promotion, je ne suis pas convaincu de l’efficacité de la chose, vu la quantité de webzines et vu le niveau de beaucoup d’entre eux… C’est ça le gros problème d’Internet: le côté foutoir absolu, aucun sélection n’est possible, le meilleur côtoie le pire du pire, et on nous sert tout ça en vrac, les infos erronées sont légion, je ne parle même pas des rumeurs, ni des mythomanes en tout genre que l’on y croise par milliers… Bref, on est très très loin de la révolution annoncée.

Pensez-vous qu’Internet représente une réelle menace pour les artistes (au sujet des droits d’auteurs)?
Oui, bien évidemment. Je suis de l’ancienne école, très attaché à “l’objet disque” et à tout ce qu’il représente. Et cette conception que partageait il y a peu encore la plupart des gens est en train de changer. On parle de moins en mois de “disque”, mais plutôt de “son”. Je ne voudrais pas paraître alarmiste, mais l’idée d’un monde où tout support musical a été éradiqué et où la musique ne transite plus que sous la forme de fichiers compressés est pour moi une vision de cauchemar digne des pires séries Z d’anticipation des années 70…
Non seulement le MP3 est un format d’écoute particulièrement dégueulasse (même lorsqu’il est très bien encodé) qui ne rend pas du tout honneur aux putains d’efforts que font les musiciens pour sans cesse améliorer et affiner la qualité de leurs productions, c’est vrai, après tout, pourquoi se faire chier à peaufiner des détails et à dépenser autant d’argent en sachant pertinemment que pas mal de gens qui ne jurent que par le MP3 et les P2P n’entendraient même pas la différence si on bâclait le tout en trois jours sur un 8 pistes? Et ensuite, à long terme, si cette tendance tend à se généraliser, comme ça à l’air d’être le cas à l’heure actuelle, ça signifie la ruine des maisons de disques, et par extension, des artistes eux-mêmes, qui n’auront absolument plus les moyens de financer tournées, clips, studio, etc… Et au final, tout le monde y perd. Mais si ce que tout le monde veut est un bête fichier MP3 gratuit, et point barre, tant pis. Nous aurons fait notre temps.

Quels sont vos projets?
Actuellement, c’est très simple: finir le nouvel album, faire en sorte qu’il soit le plus énorme possible, tourner le plus possible à sa sortie et devenir le plus grand groupe du monde.

Seriez-vous prêts à venir dans le “Grand Nord” pour faire quelques concerts?
Bien sûr, et avec plaisir même! J’espère que nous aurons l’occasion de le faire d’ici la fin de l’année. Perkele!