Quand et comment a été créé le groupe?
En Mars 95. Le groupe s’est formé sur une annonce que j’ai écrite dans un journal, genre : “Homme seul cherche musiciens”. Les uns après les autres, les musiciens sont venus dans ma maison. Je leur ai joué les morceaux, tout seul à l’accordéon, et ça leur a plu.

D’où vient le nom du groupe?
Bell Oeil est mon nom de famille

Quels musiciens vous ont influencés?
Brel, Ferré, Mano Solo, Christophe Miossec, Noir Désir, la Chanson Française en général. Mais j’aime aussi certains groupes Anglo-Saxons comme Radiohead, Sixteen Horsepower, PJ Harvey, Midnight Oil …

Quels sont les aspects positifs et négatifs quand on est musicien en France?
L’aspect positif est avant tout le statut d’intermittent du spectacle, un statut unique au monde permettant aux gens du spectacle (musique, danse et théâtre) de vivre de leur art.
L’aspect négatif est que nous dépendons dans nos métiers du public; parfois la rencontre n’a pas lieu ; parfois le succès ne dure qu’un temps. La vie d’artiste est longue, pleine de remises en question, d’extrême fragilité.

Quelles images avez-vous de la Finlande et des Finlandais?
Je sais que ça va vous déplaire mais j’associe toujours la Finlande avec le Danemark et la Suède. Je confonds souvent ces 3 pays. Ma vision de la Finlande est celle d’un pays riche et socialement avancé, soucieux également de l’écologie.

Connaissez-vous la musique finlandaise ou des artistes finlandais?
Non

Comment pourriez-vous définir votre style musical?
“Chanson expressionniste”. Ce style musical nous est propre; il se rapporte au mouvement expressionniste allemand de 1905 dont le précurseur était norvégien : Edward Munch (vous allez vraiment être faché : je confonds également la Finlande et la Norvège). L’expressionnisme est pour nous l’expression des états d’âme, de nos sentiments, de nos tourments.

Avez-vous le sentiment que votre style musical a beaucoup changé au cours des années?
Oui. La forme nourrit le fond et vice-versa. Les compositions sont plus justes, les arrangements plus simples, les textes plus efficaces. Notre style s’affirme en un tout plus cohérent.

Avez-vous déjà envisagé de changer totalement de style musical?
Surtout pas. Le fond reste le même. Nous y sommes fidèles

Quel est, dans votre répertoire, le titre que vous préférez?
“Mon amour”. Le refrain est grandiose et le texte raconte la folie d’un homme qui aime toujours et à jamais une femme. Un amour uni-latéral car cette femme ne l’aime pas.

“Et alors?”, lui dit-il, “je n’ai pas besoin de ton amour, je n’ai pas besoin que tu reconnaisses mon amour pour toi; je t’aime et cela me suffit”

Faites-vous régulièrement des tournées?
Depuis 9 ans, nous tournons en France, en Belgique et en Suisse. Nous avons même joué en Russie, dans la Sibérie. Nous aimerions beaucoup joué en Finlande (afin de ne plus jamais confondre ce pays avec la Norvège ou la Suède)

Préférez-vous la scène ou le studio? Pour quelles raisons?
La scène et le studio sont deux choses différentes. On ne préfère ni l’un, ni l’autre ; même si nous vivons de la scène et existons grâce à elle, le studio nous permet de “fixer” une chanson à jamais. Le studio nous permet de peaufiner les arrangements, l’interprétation, les ambiances; c’est un travail d’orfèvre laborieux mais jouissif. La scène, à l’opposé, n’existe nulle part dans le temps à part dans le temps présent. La scène privilégie la spontanéité, l’improvisation, le surprenant.

Pendant la préparation d’un titre ou d’un album, quelle est l’étape que vous préférez?
J’aime beaucoup la première étape, celle qui se fait chez moi dans mon atelier. Je suis seul, j’ai quelques bribes de textes, quelques mélodies, quelques accords et je dois composer avec tout ça, assembler, couper, coller, recommencer, jusqu’à ce que vienne une chanson cohérente, une chanson qui m’étonne et me surprenne. J’aime beaucoup la seconde étape, lorsque je présente cette chanson aux musiciens. C’est à chaque fois un moment unique, et à chaque fois les musiciens m’étonnent, s’appropriant la chanson et lui donnant une couleur bien à eux. Ces deux premières étapes sont pour moi les plus importantes et excitantes du processus de création. Vient ensuite l’enregistrement puis la scène.

Quelles musiques écoutez-vous en ce moment?
OTK, un groupe tchèque : magnifique, noir, violent.
J’écoute aussi Daniel Darc, Dominique A, le groupe de métal canadien Voïvoid.

Que pensez-vous d’internet en tant que musiciens?
Internet est un moyen comme un autre de communiquer, d’échanger, de recevoir des informations. Néanmoins, je ne l’utilise pas. Je préfère la nature, les arbres, le ciel pour communiquer avec le monde. Car le monde n’est rien d’autre que cela, et non pas un écran de télévision ou d’ordinateur.

Pensez-vous qu’Internet représente une réelle menace pour les artistes (au sujet des droits d’auteurs)?
Oui, le téléchargement ressemble à une grande surface (un centre commercial) où tout le monde vient piller les rayonnages mais sans payer à la caisse. A moyen terme, il n’y aura plus de rayonnage, autrement dit plus de produits, plus d’artistes. En même temps, il suffit simplement d’endiguer le pillage, non pas en arrêtant les consommateurs mais en imposant des caisses.

Quels sont vos projets?
Enregistrer un quatrième disque, sortir un roman en même temps. L’un et l’autre porteront le même titre ‘Gautier le ressuscité”, et raconteront l’histoire d’un homme qui se construit, lentement, qui se reconstruit et s’humanise.