Pourriez-vous nous dire ce qui vous a fait embrasser une carrière politique ?
Je n’aime pas trop le terme de carrière politique même si j’en conviens cette notion est devenue une de nos spécificités. C’est certainement une des explications de nos actuels problèmes. En ce qui me concerne, j’ai mené de front engagement politique et carrière professionnelle. Je n’ai pas imaginé pouvoir conduire l’un sans l’autre. J’ai tiré de mon travail de nombreuses idées, propositions pour améliorer la situation des Français et de notre pays.

Être élu, c’est sans cesse écouter, faire preuve de pédagogie et tenter de faire avancer ses idées. Si je me suis engagé en politique, c’est au nom de convictions fortes qui me tiennent à cœur. En effet, notre pays dispose d’un formidable potentiel, de formidables atouts qui sont mal exploités. Avec plus de liberté, avec la refondation de notre contrat social qui donnerait tout son sens à la négociation, avec un Etat plus efficient, je suis convaincu que la France pourrait renouer avec une croissance plus forte et plus stable.

Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de votre fonction de Député ?
Etre législateur, contrôler l’action de l’Etat, participer au débat public sont des fonctions qui apportent d’évidentes satisfactions surtout lorsqu’on obtient des résultats comme ce fut mon cas, par exemple, avec l’assouplissement de la loi sur les 35 heures.

Mais, être député, c’est aussi faire preuve d’humilité. Le député se doit de comprendre ses électeurs, les habitants de sa circonscription et plus globalement du pays. Le député ne peut pas tout résoudre et surtout il doit en permanence ne pas oublier que la France souffre d’une surréglementation et d’un excès de lois. Il faut moins et mieux légiférer.

Etre député en France est un peu frustrant car le parlement dispose de pouvoirs moins étendus que ceux de ses homologues étrangers. Le droit d’amendement, en particulier en matière budgétaire, est strictement encadré. Pour contrôler un ministère, c’est à dire en moyenne, plusieurs dizaines milliards d’euros de budget, un député ne bénéficie que de l’appui que de un à deux administrateurs. Par ailleurs, l’ordre du jour de l’Assemblée nationale est fixé par le Gouvernement.

Je suis, de ce fait, favorable à un renforcement des moyens de contrôle et aussi à la possibilité pour les députés de fixer, sous certaines conditions, eux-même leur calendrier de travail.

Les médias font parfois passer un message contradictoire sur l’expatriation. On la présente soit comme une chance pour le pays soit comme une menace (fuite des cerveaux et du savoir-faire). Quel regard portez-vous sur l’expatriation ?
Pas de message réducteur. Durant des  années, les médias, les hommes politiques se sont plaint que les Français étaient casaniers, qu’ils refusaient d’aller travailler à l’étranger.

Aujourd’hui, je constate, avec plaisir, que de nombreux jeunes, de nombreux entrepreneurs et salariés partent en Europe et au-delà. C’est positif. En effet, l’expatriation permet d’acquérir des compétences, des expériences. Le réseau des Français de l’étranger constitue un vivier pour notre économie.

En revanche, je suis plus inquiet lorsque des Français émigrent afin de fuir la pression fiscale, la bureaucratie. Je suis également inquiet lorsque des jeunes émigrent faute de pouvoir trouver un emploi ou un salaire convenable.

D’un côté, il y a l’expatriation voulue et positive ; de l’autre l’expatriation subie et négative.

Si vous aviez la possibilité de vous expatrier, quelle région du monde et quelle durée pourriez-vous choisir? Pour quelles raisons ?
En m’engageant dans l’action politique, en me faisant élire député d’Indre et Loire, j’ai choisi, avec bonheur, de ne pas m’expatrier.

Maintenant, au-delà de ce choix, de nombreux pays pourraient m’attirer. Il y a de nombreuses aventures à conduire en Amérique latine ou en Asie, continents en plein décollage économique. Il y a sans nul doute aussi les pays d’Europe du Nord, le Danemark, la Suède ou la Finlande qui en pariant sur les hautes technologies ont parfaitement compris les nouvelles règles de l’économie mondialisée tout en conservant un haut niveau de vie.

Certains expatriés peuvent parfois avoir le sentiment d’être considérés par leur pays comme des citoyens de seconde classe… que souhaiteriez-vous leur dire à ce sujet ?
Les Français de l’étranger ne doivent, en aucun cas, être considérés comme des Français de seconde zone. Ils sont représentés au Sénat et peuvent, s’ils le souhaitent, participer aux élections. A la différence de nos partenaires, le développement de l’expatriation est un phénomène récent. Les ambassades n’ont pas encore suffisamment pris en compte ce phénomène. Il y des progrès à réaliser dans ce domaine.

Quelle image avez-vous de la Finlande et des Finlandais ?
A mes yeux, la Finlande a réussi le passage dans l’économie mondialisée sans renier ses valeurs. Autrefois, économie de marché tournée vers le géant soviétique, la Finlande a pleinement joué le jeu de la mondialisation et fait la course en tête. La Finlande talonne, voire dépasse les Etats-Unis en matière de compétitivité. Nokia est évidemment le symbole pour les Français de cette belle réussite. Mais, le succès n’a été possible que par l’existence d’un tissu dynamiques d’entreprises qui se sont engouffrées sur les créneaux des techniques de l’information et de plus généralement de la haute technologie.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à la Communauté Française de Finlande ?
Ne jugez pas sévèrement votre pays. Au-delà des images terribles que les médias ont diffusées ces derniers mois, il y a des gisements d’espoir. Je crois qu’au-delà des violences dans les banlieues, au-delà de l’affaire du Contrat Premier Emploi, il y a des raisons d’espérer. De plus en plus de Français regardent avec intérêt les politiques menées en Finlande ou Danemark, politique qui associent flexibilité, Etat providence et croissance. Les Français ne sont pas rétifs au mouvement et aux réformes. Je suis convaincu que des changements pourront intervenir après l’élection présidentielle de 2007.

Enfin, je juge nécessaire que le Parlement  tisse des liens avec les communautés françaises à l’étranger. L’expérience des Français installés en Finlande est une source de richesses que nous nous devons de mieux utiliser.