Pourriez-vous nous dire ce qui vous a fait embrasser une carrière politique ?
Comme la plupart des Français, mon engagement au service de la politique de mon pays a trois sources : mon éducation, une certaine conception de la dignité de l’homme, et la rencontre avec une personnalité exemplaire.

Mon éducation s’est déroulée dans la tradition de mon pays et, surtout, dans l’apprentissage de son destin historique forgé par les siècles.

Dès mon plus jeune âge, j’étais fier des grands noms de celle-ci, de Vercingétorix au Général de Gaulle, en passant par Jeanne d’Arc, Napoléon, Clemenceau, mais aussi, de ces anonymes de mon peuple qui avaient parfois perdus des batailles mais avaient gagné à Verdun, à Bir Hakeim et à Cassino, et qui, pour moi, prenaient le visage de mes aïeux les plus proches : mon grand père, mon père….

C’est de ce contact « humain » que j’ai appris que, en France, l’homme était au centre de notre société et que tout combat devait avoir, comme le disait le Général de Gaulle, pour ultime fin sa dignité. Le besoin d’être à l’écoute et au service des autres, d’être toujours solidaire des plus humbles est toujours le moteur de l’engagement politique.

A mon arrivée à l’âge adulte, j’avais dans mon esprit l’image du Général de Gaulle et de sa conception du service de la Patrie.

Mais, cette image, déjà historique, pour moi, s’est incarnée dans mon prédécesseur qui fut mon maître.

Robert-André VIVIEN, qui fut Député de ma circonscription et également Ministre après avoir été un des premiers compagnons du Général de Gaulle en 1940, a été et demeure pour moi le modèle de l’homme politique : un citoyen conscient de ses droits mais aussi de ses devoirs à l’égard de la France ; un homme d’action tourné vers la solidarité avec tous, surtout les plus faibles ; un homme d’Etat servant celui-ci pour le bien-être de tous.

Il donnait envie de lui succéder…. et je me suis engagé à ses côtés.
 
Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de votre fonction de Député ?
La réponse à cette question découle tout naturellement de celle à la première question.

Les avantages, c’est de pouvoir exercer une fonction qui correspond à ce qui est une vocation : le service des autres par le service de la Nation.

Les inconvénients naissent, à l’évidence, du conflit permanent qui s’élève entre l’idéal que l’on voudrait atteindre et les obstacles pratiques et quotidiens qui contrarient sa réalisation.

C’est l’éternel conflit entre Antigone et Créon, mais l’homme politique est tout à la fois l’un et l’autre. Il doit, sans cesse, choisir la solution de compromis qui permette de conduire la réalité possible vers ce qui pourrait être le meilleur.

La récompense, c’est l’espérance de la réélection, c’est-à-dire le pouvoir de servir encore.

Les médias français font parfois passer un message contradictoire sur l’expatriation. On la présente soit comme une chance pour le pays, soit comme une menace (fuite des cerveaux et du savoir-faire). Quel regard portez-vous sur l’expatriation des Français ?
C’est vrai que, traditionnellement, la France est considérée comme un pays qui ne s’ouvre pas vers l’extérieur. Nous n’avons pas peuplé des continents comme l’ont fait les Anglo-Saxons, les Slaves d’Europe Centrale, ou les plus méridionaux de l’Europe comme les Espagnols, Portugais, Italiens.

L’expatriation a cependant été vécue, depuis toujours, par les Français comme une aventure : aventure économique comme nos populations de montagnes qui sont allées faire fortune « aux Amériques » ; aventure culturelle aussi qui a été le moteur de la présence de Français allant d’en d’autres pays comme médecins et, aussi, souvent, comme missionnaires.

Nous n’avons pas créé de peuplement mais, finalement, nous sommes assez fiers car nos compatriotes ont été à l’origine du développement d’autres Etats ; l’exemple le plus actuel est celui du Québec. L’expatriation est pour nous, essentiellement, la fierté de fournir à d’autres pays des hommes de valeur qui peuvent y faire souche.

C’est le même regard que nous jetons sur l’immigration d’ailleurs. Nous sommes heureux que notre Académie Française compte, en permanence, des hommes et des femmes qui, non français à l’origine, le sont devenus par l’intelligence et la culture. Et, il est certain que l’expatriation pour des raisons économiques n’est  pas considérée au même niveau.

Si vous aviez la possibilité de vous expatrier, quelle région du monde et quelle durée pourriez-vous choisir ? Pour quelles raisons ?
La réponse à cette question est aujourd’hui fortement limitée.

Peut-on considérer comme expatriation le fait d’aller s’installer dans un autre pays de l’Union Européenne ?

En effet, Français, Allemands, Britanniques… Finlandais ne sont plus étrangers l’un à l’autre, mais citoyens de l’Europe. Cette union des patries européennes comme disait le Général de Gaulle, doit un jour être la réalisation d’une patrie de l’Union. S’installer dans un des pays membres, c’est malgré tout rester chez soi. La question d’un établissement temporaire et définitif, c’est un déplacement dans un espace unifié. Comme on ne reproche pas à un Texan de s’installer à New-York, ou aux retraités des Etats du Nord de s’installer à la retraite dans les Etats du Sud des USA, on ne peut reprocher aux Britanniques retraités de se retirer dans le Sud de la France.

Pour tout dire, travailler dans un pays quelconque d’Europe ne pose pas de question de principe. On peut y travailler à temps ou y vivre définitivement, c’est une affaire de circonstance et de goût. Le poète Du Bellay au XVème siècle, après avoir longtemps vécu à Rome, était revenu se retirer en France parce que son « Loire Gaulois lui plaisait plus que le Tibre Romain ». Au plan de l’esprit, l’Union des Européens ne date pas du XXème siècle !

Evidemment, il y a les autres continents. Ils offrent des possibilités d’activités, ils offrent aussi une vie différente de celle de la vieille Europe.

Si besoin était, je n’hésiterais pas à y exercer une activité, elle serait sans doute enrichissante à tous les points de vue…. Mais, je crois fermement que je reviendrai dans mon Europe natale…. Riche d’une expérience que je pourrais transmettre à d’autres.

Certains expatriés peuvent parfois avoir le sentiment d’être considérés par la France somme des Français de seconde classe…. Que souhaiteriez-vous leur dire à ce sujet ?
Je ne comprends pas que certains expatriés puissent se sentir considérés comme des citoyens de seconde zone.

Ils demeurent des citoyens français au plein sens du terme et peuvent exercer tous leurs droits de citoyens et être représentés dans les institutions politiques de la République.

Ils ont notamment une représentation spécifique au Sénat. S’ils ont émigré en Europe, qu’ils n’oublient pas qu’aujourd’hui, ils ont deux qualités : celle de citoyen européen et, à ce titre, ils doivent exercer toutes les responsabilités que leur accordent les traités, celle de citoyen français et je leur souhaite de continuer à s’intéresser à la vie et aux progrès de la France.

Quelle image avez-vous de la Finlande et des Finlandais ?
Je n’ai pas encore eu l’occasion de visiter la Finlande.

L’image que ne m’en fait vous paraîtra peut-être un peu livresque. Cependant, elle se fonde sur les contacts que j’ai eus avec certains de mes amis qui y résident et y travaillent ou qui ont profité de séjours touristiques dans le pays.

La Finlande, c’est d’abord un pays du nord, proche du pôle. Vérité évidente, mais elle évoque pour moi la beauté des pays que l’on qualifie de froid. Il n’y a pas que la Côte d’Azur. Les lacs, les îles, les forêts qui caractérisent le paysage finlandais sont l’image de la fin de notre continent vers le nord. La Finlande est le « Finistère » du septentrion de l’Europe. La rigueur du climat, la lumière, la multitude des îles et des lacs marque bien une frontière entre la terre et les glaces de l’extrême nord.

La Finlande, c’est aussi et surtout des femmes et des hommes dont le caractère s’est forgé à la rigueur de la vie quotidienne.

Leur première caractéristique est le courage. Le courage pour dominer la nature, mais aussi le courage de défendre la liberté de la communauté finlandaise. Depuis quasiment l’an 1000, les pays du nord et de l’est de l’Europe ont tenté d’annexer la Finlande. A travers toutes les vicissitudes de l’histoire, les Finlandais ont maintenu leur existence en tant que Nation.

La seconde caractéristique des Finlandais est le dynamisme dans tous les domaines de la vie économique et culturelle.

La Finlande est, certes, un pays limité en superficie et en ressources et, cependant, c’est un des plus prospère de la communauté. Son niveau de vie et sa solidarité sociale sont parmi les premiers de l’Union.

Troisième aspect positif de la Finlande, qui m’est toujours présent à l’esprit, c’est l’esprit démocratique qui préside à la gestion de la politique. Une démocratie naturelle qui se réalise sans débats excessifs, sans tempêtes.

Et puis, j’ai aussi présent à l’esprit l’apport de la Finlande à la littérature, à la musique avec Sibelius et au sport mondial, athlétisme ou automobile.

Sans oublier la « Finlandia » la meilleure vodka !

En résumé, l’image de la Finlande est pour moi une image de fraternité et d’amitié.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à la Communauté Française de Finlande ?
Le message est simple, je leur souhaite de travailler et de bien vivre dans ce pays. Ils n’y sont pas seulement le témoin de la France « éternelle », ils sont aussi les artisans d’une construction de l’Union qui n’est pas seulement la mise en place d’institutions spécifiques mais, avant tout, l’interpénétration des patries dont chacune est dépositaire dans ce qu’elles ont de valeur intellectuelle et spirituelle. Ils sont vraiment les pionniers de l’Europe de demain.