Pourriez-vous nous dire ce qui vous a fait embrasser une carrière politique?
J’ai toujours été passionné par la vie publique de notre pays, presque dès mon plus jeune âge par imprégnation familiale : mon père fut militant politique à gauche avant la 2ème guerre mondiale, puis résistant, et après la guerre il fut élu député sur la liste de Vincent AURIOL devenu lui même président de la république. Mon père fut ensuite secrétaire d’Etat à l’Aviation Civile avant d’être l’un des fondateurs du PSU . J’ai des souvenirs d’enfant où Michel Rocard venait déjeuner à la maison familiale, en une période des plus troublées où l’OAS employait le terrorisme contre les opposants à la guerre d’Algérie et les partisans de son indépendance.
Tout celà m’a donné le goût et l’intérêt pour la vie politique. Aussi suis-je devenu membre du Parti Socialiste sitôt après sa création par François Mitterrand .
Les mandats électoraux sont une conséquence logique du militantisme et de l’engagement poltiques. Lorsque l’on croit en des idées politiques, on souhaite les mettre en oeuvre, et en France c’est par le biais de la démocratie et de l’élection que cela se pratique. Ainsi j’ai été élu maire de mon village, puis conseiller général, puis sénateur. Dans le même temps, au plan politique j’étais devenu premier secrétaire du PS en Haute-Garonne.
 
Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de votre fonction de Sénateur?
L’avantage essentiel à mon avis est que le mandat de parlementaire permet de travailler et d’influer sur les lois et la politique nationale. Même si le rôle du Parlement pourrait être encore amélioré, en particulier dans ses rapports avec le Gouvernement, la fonction législative reste l’élément moteur de la vie du pays, qui s’organise à partir des lois proposées, débattues puis adoptées. Les parlementaires ont ainsi une fonction de contrôle sur le gouvernement, mais aussi de proposition de lois, et plus globalement de définition de la politique nationale, donc de la vie quotidienne de nos concitoyens. Les sénateurs ont en outre un rôle, plus officieux mais réel, de représentants des collectivités locales ; un rôle qui découle assez logiquement de leur mode d’élection : ce sont les “grands électeurs”, élus locaux, qui les élisent. Cette spécificité leur permet de faire souvent valoir lors des débats législatifs des aspects particuliers aux collectivités locales, que les députés ont moins de facilité naturelle à percevoir. Il y a ainsi une complémentarité efficace entre les deux assemblées.
J’ajouterais, en tant qu’élu socialiste, que le mode d’élection actuel du Sénat pose un problème. Non pas en raison du rôle de représentant des collectivités locales qui est tout à fait pertinent, mais à cause d’une certaine sur-représentation des plus petites collectivités dans le collège électoral : celà induit mécaniquement une quasi-impossibilité de basculement de la majorité politique du Sénat. Il a été calculé qu’il faudrait plus de 20 ans de victoires électorales ininterrompues de la gauche pour faire changer cette majorité !
 
Ce caractère inamovible de la majorité politique du Sénat est à mes yeux un grand inconvénient de cette fonction : il est en effet très frustrant de savoir que vous êtes condamné à être minoritaires, et donc quasi-assurés de ne pas être entendus lors des débats législatifs, quelle que soit la pertinence de vos propositions.
 
Un autre inconvénient pourrait être le risque de se cantonner strictement aux débats législatifs nationaux et ainsi perdre un peu de vue la vie concrète et quotidienne du pays. Néanmoins le fait que nous soyons également des élus locaux, souvent dans des petites communes, nous permet de faire assez aisément le lien entre les deux, et de ne pas se couper du terrain.
 
Les médias français font parfois passer un message contradictoire sur l’expatriation. On la présente soit comme une chance pour le pays soit comme une menace (fuite des cerveaux et du savoir-faire). Quel regard portez sur l’expatriation des Français?
Je ne perçois pas l’expatriation comme un risque pour le pays, bien au contraire c’est plutôt un enrichissement à la fois personnel pour ceux qui vont au contact d’autres réalités et collectif pour le pays car le retour d’expérience des expatriés permet aussi de faire évoluer notre situation intérieure. Je ne crois pas à une “fuite des cerveaux”, la France est au contraire un pays plutôt attractif pour les étudiants et chercheurs étrangers, où on trouve une qualité d’enseignement, un savoir-faire technologique et industriel bien supérieurs à la moyenne, même si des esprits chagrins veulent nous persuader de l’inverse.
Quant à l’expatriation elle-même, mon sentiment est qu’elle est plutôt un atout pour le pays et pour ceux qui partent à l’étranger.
 
Si vous aviez la possibilité de vous expatrier, quelle région du monde et quelle durée pourriez-vous choisir?
J’ai énormément voyagé de par le monde, aussi je suis bien embarrassé pour vous donner une réponse. J’apprécie beaucoup la Scandinavie, mais également tout le Moyen-Orient, l’Afrique, le Royaume-Uni, la Chine qui est un monde fascinant…
Si vraiment je devais faire un choix, peut-être l’Ecosse pour sa proximité culturelle tout en ayant une société “à l’anglo-saxonne” bien différente de la nôtre.
Mais très franchement, je n’envisage pas de pouvoir vivre ailleurs qu’en France…
 
Certains expatriés peuvent parfois avoir le sentiment d’être considérés par la France comme des Français de seconde classe… que souhaiteriez-vous leur dire à ce sujet?
Il est vrai que le sujet de l’expatriation n’est pas un des éléments majeurs de la vie politique du pays, mais je ne partage pas votre crainte que les expatriés soient mal perçus par la France. A l’heure des contacts internationaux très fréquents, il n’est pas rare que nombre de jeunes fassent des études ou une partie de leur vie professionnelle à l’étarnger, et la vision à leur égard n’est pas négative. Ils sont globalement plutôt bien perçus, et restent considérés à tous égards comme des citoyens français à part entière. Ce que je pourrais vous dire, c’est que la France est plutôt fière d’avoir des citoyens qui sont un peu ses ambassadeurs dans toutes les parties du monde, et qu’ils ne doivent pas penser qu’elle les oublie.
 
Quelle image avez-vous de la Finlande et des Finlandais?
Une image très positive : un pays économiquement dynamique, des relations sociales pacifiques, un pays où la solidarité est importante, également un pays de gens courageux en raison du climat rigoureux mais aussi de leur voisinage historique avec le puissant voisin soviétique aujourd’hui russe. Solidarité, résistance, courage sont les qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour les Finlandais.
 
Quel message souhaiteriez-vous faire passer à la Communauté française de Finlande ?
Je souhaiterais vous dire que votre présence en Finlande est importante, pour vous bien entendu qui avez des raisons bien justifiées d’y être, mais aussi pour notre pays, pour les raisons que j’exprimais plus haut : les expériences que vous ramènerez en France, l’ouverture d’esprit qui va avec le contact avec une autre culture, l’image positive que vous donnez de notre pays, de personnes volontaires, courageuses, dynamiques.
C’est pourquoi, s’il y a pour vous parfois des mauvais moments ou des moments de découragement, et celà arrive peut-être, je vous souhaite de puiser du réconfort et des ressources nouvelles dans cette certitude que votre action est bénéfique pour vous et pour notre collectivité nationale.
Et pour terminer, je vous adresse à tous mes bien cordiales salutations.