Pourriez-vous nous dire ce qui vous a fait embrasser une carrière politique?
A l’âge de 12-13 ans, je voulais déjà être Député, on m’avait demandé de faire un travail sur les bâtiments remarquables de la capitale. En découvrant l’Assemblée Nationale et en apprenant que c’était le temple de la démocratie, j’avais alors évoqué le souhait d’être député. Mon père a été élu Maire au début des années soixante.
J’ai été bercée longuement par la vie publique. Après m’être installé à Thionville comme médecin et y avoir exercé en libéral pendant une quinzaine d’année, l’occasion m’a été donné de me présenter au Conseil Général dans le canton de Thionville-Ouest, nouvellement créé.
J’ai été élu Conseiller Général, à l’arraché, en 1985. Puis en 1986, Pierre MESMER, Ministre des Armées du Général de GAULLE et Ancien Premier Ministre de Georges POMPIDOU m’a fait l’honneur de me mettre sur sa liste lors des élections législatives, alors à la proportionnelle, en 1986. J’ai été pour la première fois élu Député, je le suis encore sans discontinuité. Ma circonscription est attenante au Grand Duché du Luxembourg,
Depuis 1995, je suis également Maire de Thionville et depuis 2004 Président de la nouvelle Communauté d’Agglomération « Portes de France – Thionville »

Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de votre fonction de Député?
Depuis que je suis parlementaire, l’actualité politique et législative m’a conduit à travailler sur des sujets que je connaissais peu ou auquel je n’avais pas été amené à m’intéresser.
Membre de la Commission des Affaires étrangères, je suis aussi membre de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPESCT) au sein duquel je me suis particulièrement intéressée aux problèmes de transport. J’ai, pour exemple,  été co-auteur d’un rapport sur « les réponses offertes par les nouvelles technologies de transport aux problèmes de la saturation des axes Nord-Sud ».
L’examen des questions mises à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale, au sein soit des Commissions permanentes, soit des offices parlementaires, des groupes d’études ou d’Amitié, représente autant d’occasions de travailler sur une grande variété de sujets et d’accéder, de cette façon, à une information considérable.
Au-delà du fait que cela offre la possibilité d’effectuer certains voyages d’études, c’est une formidable ouverture sur le monde, particulièrement  enrichissante sur le plan intellectuel.
Par ailleurs, être député permet de rencontrer de nombreux acteurs socio-économiques et de nouer des contacts importants, cela permet d’être mieux « armé » pour défendre les projets dignes de valoriser le territoire auquel nous sommes tous très attachés. J’ai rencontré des personnalités exceptionnelles, parmi lesquels le Commandant COUSTEAU.
Sur le plan National, cela permet de s’impliquer dans le débat concernant les orientations politiques à prendre pour répondre aux besoins de nos concitoyens et réfléchir aux évolutions de notre société dans une perspective européenne et dans un contexte global de mondialisation.
L’inconvénient majeur c’est que tout cela prend beaucoup de temps. Outre l’examen des dossiers, il est indispensable de rester disponible et à l’écoute de ses concitoyens. Bien malheureusement, me consacrer pleinement à ma vie d’élu laisse trop peu de place à sa vie personnelle et familiale.
A la réflexion, toutes les situations difficiles que j’ai eu à gérer n’ont fait que renforcer mon tempérament que certains qualifient de combatif.

Les médias français font parfois passer un message contradictoire sur l’expatriation. On la présente soit comme une chance pour le pays soit comme une menace (fuite des cerveaux et du savoir faire). Quel regard portez sur l’expatriation des Français ?
Parmi les personnes expatriés, il me semble que la motivation peut-être très différente selon les cas. Il y a ceux qui quittent la France pour des raisons personnelles : suivre la personne aimée ou plus simplement vivre l’aventure de l’étranger, et ceux qui pour des raisons professionnelles s’expatrient en espérant décrocher à l’étranger l’emploi qu’ils ne trouvent pas en France, phénomène communément appelé « fuite des cerveau ».
Dans tous les cas, je salue le courage de ceux qui se déracinent pour relever le défi de l’inconnu. Cela me paraît témoigner d’un goût du risque, d’une grande force morale  et d’une capacité à s’adapter, autant de qualités que j’apprécie.
Quant à la fuite des cerveaux, il est vrai qu’elle peut – à première vue – paraître dommageable. Cependant, ce qui me paraît le plus fâcheux c’est les difficultés de notre pays à retenir ses talents.
D’une manière évidente les deux millions d’expatriés participent au rayonnement de la France à l’étranger, et ce dans une multitude de domaines où l’on sait exceller.
Par ailleurs, ceux d’entre vous qui rentrent après de longues années passées hors de nos frontières sont riches d’une expérience qu’ils aiment, en général, partager avec leur entourage lui ouvrant ainsi des perspectives nouvelles extraordinaires.

Si vous aviez la possibilité de vous expatrier, quelle région du monde et quelle durée pourriez-vous choisir ? Pour quelles raisons?
Je suis député depuis 20 ans et j’ai la chance d’avoir bien voyagé. J’apprécie tout particulièrement les pays froids comptant de grands espaces encore sauvages. Le contact de la nature me permet de me ressourcer. Et d’un point de vue purement culinaire : je suis un grand amateur de saumon.
Toutes ces raisons m’ont naturellement conduit à accepter, en 2002, la Présidence du Groupe d’Amitié France – Norvège, qui me permet de rencontrer les 2 et 3 mai 2006, Monsieur Thorbjorn JAGLAND, Président du Parlement de Norvège, alors en visite officielle en France avec une délégation de parlementaire.
Idéalement, j’aimerais partager mon temps entre la France et l’un des pays nordiques où j’aurais trouvé un endroit où j’aurais plaisir à m’installer … probablement au bord d’un lac.
 

Certains expatriés peuvent parfois avoir le sentiment d’être considérés par la France comme des Français de seconde classe… que souhaiteriez-vous leur dire à ce sujet ?
C’est un sentiment que je peux comprendre. L’éloignement rend parfois plus sensible la compréhension d’une situation. Cependant, je vous renvoie à ce que je disais précédemment sur l’expatriation. C’est une chance et une richesse pour une nation que de compter, parmi ses compatriotes, des personnalités si fortes qu’elles sont capables de tout abandonner ici pour tout construire ailleurs.
Cependant, je n’ai pas le sentiment que notre pays oublie ses compatriotes expatriés, comme en témoigne l’existence de parlementaires qui sont dévoués aux expatriés. Ce sont les Sénateurs chargés de représenter les  Français établis hors de France, que vous élisez indirectement. A cet égard, le Sénat consacre un site Internet spécifique aux français de l’étranger (http://www.expatries.senat.fr).
Il est vrai qu’on dit souvent « loin de yeux, loin du cœur ». En ce qui me concerne, je suis si occupé que certains de mes amis n’ont pas eu de mes nouvelles depuis longtemps. Toutefois, cela ne signifie pas que je ne pense pas à eux.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à la Communauté française de Finlande ?
Il y a quelques années j’ai eu l’occasion de me rendre dans ce magnifique pays. J’y ai apprécié ses décors et la luminosité des pays nordiques. Je me réjouis très sincèrement que la communauté Française continue à tisser des liens chaleureux avec mes amis Finnois.