Pourriez-vous nous dire ce qui vous a fait embrasser une carrière politique?
En ce qui me concerne on ne peut pas vraiment parler de « carrière » politique puisque j’avais presque 60 ans lorsque je me suis présenté pour la première fois à une élection. Mais cela rend votre question encore plus pertinente : pourquoi vouloir agir en politique après une carrière bien remplie par ailleurs. La réponse est simple : après avoir quitté la présidence d’Air France j’ai beaucoup voyagé, et j’ai fait le constat que la France était en train de passer à coté des grandes évolutions du monde. J’ai estimé qu’il était de mon devoir de partager ce constat avec mes compatriotes, de participer à la pédagogie du monde nouveau en quelque sorte, et de tout mettre en œuvre pour redresser une situation difficile mais pas désespérée. C’est le sens de mon engagement en politique.

Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de votre fonction de Député?
L’avantage principal c’est que le député est un élu de la nation, pas seulement de sa circonscription. Cela lui confère une grande responsabilité mais aussi une grande légitimité pour aborder les sujets qui concernent le futur de la France. L’inconvénient majeur c’est le peu de moyen dont un député dispose pour travailler. Un cabinet parlementaire comporte deux ou trois collaborateurs, pas plus. La conséquence c’est qu’un député est en situation de faiblesse extrême par rapport aux cabinets ministériels et aux partis politiques. C’est d’autant plus regrettable que les partis autant que l’administration ont depuis longtemps fait la preuve de leur incapacité à moderniser le pays.

Les médias français font parfois passer un message contradictoire sur l’expatriation. On la présente soit comme une chance pour le pays soit comme une menace (fuite des cerveaux et du savoir faire). Quel regard portez-vous sur l’expatriation des Français?
Pour moi qui ne cesse d’encourager mes interlocuteurs à faire du « benchmark », c’est-à-dire à être curieux de ce qui se passe ailleurs et à se comparer en permanence aux meilleurs mondiaux, le fait que de Français aillent vivre des expériences à l’étranger me parait très positif. Toutefois, il y a un phénomène qui m’inquiète : nombreux sont les jeunes français qui quittent le pays pour trouver un environnement plus favorable à leurs ambitions. C’est particulièrement vrai des jeunes chercheurs et entrepreneurs et c’est pour moi le signe d’un grand échec national porteur de risque pour l’avenir. C’est la raison pour laquelle je me bats pour que la France mènent enfin une réforme visant à réhabiliter ses universités et à offrir des conditions de travail optimale à tous les acteurs de l’innovation : universitaires, chercheurs, entrepreneurs… J’estime que c’est la priorité absolue pour renouer avec la croissance économique.

Si vous aviez la possibilité de vous expatrier, quelle région du monde et quelle durée pourriez-vous choisir?
Au cours de ma vie j’ai eu la chance de vivre en Suède et aux Pays-Bas. J’en garde d’excellents souvenirs. J’ai également des liens amicaux très forts avec la Tunisie ou je possède une maison. Enfin, la Chine est un pays passionnant où j’ai eu l’occasion de voyager à de très nombreuses reprises, mais peut-être me serait-il plus difficile d’y vivre à temps plein !

Certains expatriés peuvent parfois avoir le sentiment d’être considérés par la France comme des Français de seconde classe… que souhaiteriez-vous leur dire à ce sujet?
Qu’ils ont tort ! Je pense que l’écrasante majorité des Français a une image très positive de nos compatriotes qui réussissent hors de nos frontières.

Quelle image avez-vous de la Finlande et des Finlandais?
Une image prédomine chez moi à propos de la Finlande. Il s’agit de l’image d’un pays qui a réussi une formidable reconversion économique au tournant des années 1990. J’ai d’ailleurs décrit en détail ce « miracle finlandais » dans mon livre « la croissance ou le chaos ». Même si le contexte est différent, j’aimerai que la France s’inspire de la stratégie utilisée par les finlandais à cette époque pour transformer une économie de matière première mise en faillite par l’effondrement de l’URSS en une économie des nouvelles technologies qui est souvent considérée comme la plus compétitive du monde.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à la Communauté française de Finlande ?
Je leur souhaite avant tout de continuer à tisser des liens d’amitié entre ces deux pays. Et je profite de cette tribune pour leur demander de faire tout ce qu’ils peuvent pour informer les Français à chaque fois qu’ils observent quelque chose qui leur semble intéressant et qui pourrait nous inspirer en France. Je pense par exemple au système scolaire finlandais dont j’ai entendu beaucoup de bien.