Pourriez-vous nous dire ce qui vous a fait embrasser une carrière politique?
Vous savez, pour ma part, cela n’a pas été un choix ou une volonté mûris et travaillés de longue date. Je n’y ai jamais pensé tous les matins en me rasant ! Les choses ont été plus simples et plus limpides pour moi. J’étais un militant engagé de longue date dans mon parti et quand les élections législatives de 1988 se sont engagées sur un autre mode de scrutin que précédemment (avant, de 1986 à 1988, c’était le scrutin proportionnel sur liste nationale) mes amis ont pensé à me proposer comme candidat dans la nouvelle circonscription qui venait d’être créée là où j’habite, à Ivry-sur-Seine.

C’est donc le hasard (la modification du mode de scrutin) et la confiance de mes amis qui ont fait les choses. Et naturellement les électeurs qui, à quatre reprises, m’ont renouvelé leur confiance. Pour moi, devenir et être député, c’était poursuivre et prolonger mon action politique sous une autre forme.

Quant à mon engagement politique, il résulte de ma volonté de donner corps à une société débarrassée de ses injustices de toutes natures. L’action politique c’est cela : faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers ; faire que les choix et intérêts de notre peuple dans son ensemble prévalent sur tout le reste. Et donc se mettre à son service et non pas l’inverse. Comme le disait Vaclav Havel « la vraie politique c’est simplement le service du prochain ». Etant entendu que le fait est acquis : quand bien même vous ne vous intéressez pas à la politique, la politique s’occupe de vous.

Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de votre fonction de Député?
Les deux termes sont en réalité mêlés. On apprend beaucoup mais on donne beaucoup. On agit mais parfois en vain. On s’occupe des autres mais peu de soi. Et ainsi de suite… Du moins c’est ainsi que je vis les choses et ne prétend nullement que tout le monde soit dans le même état d’esprit. D’ailleurs cela se remarque, non ?

Les médias français font parfois passer un message contradictoire sur l’expatriation. On la présente soit comme une chance pour le pays soit comme une menace (fuite des cerveaux et du savoir faire). Quel regard portez-vous sur l’expatriation des Français?
Personnellement je pense que c’est une chance pour notre pays mais aussi pour celles et ceux qui ont fait ce choix. Une chance pour notre pays car les « expatriés » comme on dit ne se détachent pas pour autant de la France. Ils l’a portent en eux et du même coup il font œuvre utile pour notre pays. De plus, connaître d’autres pays est aussi un plus pour la France. C’est une manière d’intégrer d’autres expériences, d’autres modèles, d’autres façons de vivre. Et cela enrichit notre propre pensée. Nous sommes très hexagonaux en France. Quand nous ne sommes pas purement et simplement nourris de l’idée que nous sommes le sel de la terre. C’est pour le moins excessif. Nous avons à apprendre d’autres que nous. C’est une évidence, et pourtant…

Quant aux personnes qui ont fait le choix de « s’expatrier » – décidément que ce mot est laid – ils s’enrichissent aussi ne serait-ce « que » culturellement. Et c’est majeur. Dans le monde d’aujourd’hui, qui est un village, la connaissance de l’extérieur est majeure. C’est un peu comme la cellule humaine. Sans son enveloppe qui la protège, elle ne peut vivre. Mais sans contact avec l’extérieur elle meurt aussi. C’est pourquoi j’estime que c’est une chance pour le pays et les individus.

Je pense même que si les conditions pouvaient être réunies pour cela il serait bon que pour une durée donnée et choisie les français – et je pense ici aux jeunes plus spécialement – devraient avoir un cursus scolaire ou/et professionnel les amenant à passer une partie de leur vie à l’étranger. Il verraient mieux leur pays et verraient mieux le monde dans lequel ils devront désormais évoluer.
 
Si vous aviez la possibilité de vous expatrier, quelle région du monde et quelle durée pourriez-vous choisir? Pour quelles raisons?
J’irai certainement en Afrique ou dans un pays en développement. Il y a tant à faire dans le monde d’aujourd’hui. Se dire qu’on a été « un peu utile » est la plus belle des choses que puisse ressentir tout individu.

Certains expatriés peuvent parfois avoir le sentiment d’être considérés par la France comme des Français de seconde classe… que souhaiteriez-vous leur dire à ce sujet?
Des français de seconde classe ? C’est non seulement méprisant mais c’est tout simplement absurde. Et pourquoi donc ? Moi je ne dis pas l’exact contraire, à savoir qu’ils seraient au dessus des autres (ce qui serait pure démagogie) mais je dis qu’ils sont en quelque sorte des ambassadeurs de notre pays là où ils vivent. C’est une chance pour la France, encore une fois, que cette présence de milliers de français à l’étranger. Ce qui est de « seconde classe » c’est de ne pas le comprendre !

Quelle image avez-vous de la Finlande et des Finlandais?
Je ne parlerai pas strictement de moi mais de mon sentiment : la Finlande est peu connue des français. C’est vrai qu’elle ne fait pas de « bruit » comme d’autres. Et pourtant que de talents, d’innovation, d’intelligence et de culture dans ce pays aux nuits blanches. Et que de chaleur humaine dessous cette  neige et ce froid qui l’enveloppent des mois durant. C’est donc son image qu’il faudrait faire connaître plus nettement dans notre pays. Elle n’est pas seulement, loin s’en faut, celle qui a donné le Père Noël au monde !

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à la Communauté française de Finlande ?
Mon message résulte de ce que je vous ai dit précédemment. Il y a beaucoup à faire pour que les relations de toutes natures se développent entre nos deux pays. La communauté française en Finlande est certainement la mieux à même d’y travailler. Peut être lui faut-il fait preuve de plus d’audace en ce sens. Et, si elle le souhaite, elle pourrait s’appuyer sur des relais en France, en particulier sur les parlementaires qui peuvent être utiles à bien des égards pour cela. On n’a pas, je pense, utilisé le potentiel de plus value pour la France et pour la Finlande que ces relations pouvaient générer. Chacun peut y réfléchir d’autant plus que chacun a nécessairement un parlementaire « sous la main » dans son lieu d’origine en France. Je parle des parlementaires mais la chose vaut pour beaucoup d’autres personnes engagées dans la vie sociale ou publique. C’est une idée…